Zoubida

« Les Miroirs du Silence » : Zoubida nous renvoie à nous-même

Il est fait un froid de canard sur Paris en ce jour du mois de février.  Un froid de canard, ces temps gris et lourd à couper au couteau. Dans cette grisaille, une once de chaleur réchauffe les cœurs. C’est une de ces beautés qui pétrifie. Un visage d’ange sur un corps sculpté avec volupté sur lequel dégouline un talent fou d’écrivain et de fin observateur des faits et gestes de la société. Un chef chef-d’œuvre de femme dont seule dame nature a le secret.

Cette merveille a pour nom Zoubida Bengeloune Fall, un passionnée d’écriture qui rend volubile le taciturne Pape Sarr qui ne tarit pas d’éloges sur celle qui vient de signer son premier recueil de nouvelles, pas seulement pour sa qualité d’écriture.

Dans la grisaille de Paris, je sentais la chaleur de son regard transpercer mon corps devenu diaphane, se poser délicatement sur le visage de Zoubida au moment où elle me tendit son ouvrage dédicacé.

‘’LES MIROIRS DU SILENCE’’, le titre du recueil, se veut une interrogation sur les faits et gestes des hommes et femmes qui peuplent le quotidien de Zoubida, de son lointain Maroc de ses origines à Dakar où elle vit et travaille, en passant par Saint Louis la ville tricentenaire théâtre de sa tendre enfance.

Dans son essai d’analyse microscopique de la société sénégalaise, l’écrivain s’attarde aussi sur des faits vécus, heureux ou malheureux, mais souvent plus triste qu’encourageant. Une sorte d’autobiographie qui ressemble plutôt à un chapelet de misères, comme lorsqu’elle évoque son cœur en flambeaux, scories de trahisons qui balafrent son beau visage.

Elle a aussi son regard figé sur le spectacle de cet homme qui vient juste de franchir les portes de Reubeus, après dix longues années passées derrière les barreaux. Comme le veut la tradition, son premier geste après sa libération, c’est le bain purificateur à la mer, en guise à la fois de rédemption et de protection contre la récidive.

Le mérite de Zoubida, à travers ‘’LES MIROIRS DU SILENCE’’, est de nous révéler à nous-mêmes par le truchement des mendiants, chômeurs, vendeurs à la sauvette, jeunes cadres, autant de personnes que nous croisons tous les jours sans leur accorder attention.

A bien regarder Zoubida, on peut valablement se demander comment pouvoir faire souffrir une pépite aussi rare. C’est arrivé pourtant et plusieurs fois d’ailleurs. Survivre à son divorce, retrouver sa jeunesse évanouie, réussir sa mort sont certaines des épreuves de vie qu’imagine l’auteure, remontant ainsi le fil invisible qui la relie aux inconnus qu’elle croise le long de sa vie.

Ce fût un plaisir de la rencontrer en ce triste mois de février, au cours d’un salon fort couru à Paris. Un baume au cœur au moment où la France pleurait son premier mort du covid-19, un professeur de collège de 60 ans qui enseignait dans un collège de l’Oise.

A d’autres rencontres, en espérant que chacun de ses silences fassent écho, nous a-t-elle laissé comme dédicace. Des mots en guise de muse ; a lâché Pape Sarr, d’ordinaire si avare en complément. L’hiver parisien nous a fait chaud au cœur grâce à Zoubida.

Par El Hadji Amadou Mbaye Journaliste (Kritik du Samedi 11 au lundi 13 Avril 2020)

 




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